Les abysses pour terrain de jeu

Publié le 17 novembre 2016 Mis à jour le 12 avril 2017

Localiser une épave sous-marine jusqu’à 6 000 mètres de fonds, impossible ? Que nenni : l’équipe de Deep Ocean Search a fait de cette prouesse technique son quotidien. Composée en grande partie d’anciens de I’Institut national des sciences et techniques de la mer (Intechmer) du Cnam, elle témoigne de l’excellence de cette école unique en France, qui forme la fine fleur des océanographes.

© F. Bassemayousse

© F. Bassemayousse

Dans le monde, ils font figure d’exception. Armés de leur technologie de pointe, la vingtaine de marins océanographes qui composent l’équipage de Deep Ocean Search (DOS) sont parmi les seuls à pouvoir flirter avec les grands fonds, l’Ultra deepwater, entre 3 000 et 6 000 mètres sous la mer. Une capacité de plongée qui leur permet d’explorer 92 % des océans.

Fondée en 2010, cette société franco-britannique est régulièrement commanditée pour réaliser la prospection et l’authentification des épaves sous-marines, avec pour objectif l’extraction des métaux non ferreux qui gisent dans leur cargaison. « Nous sommes souvent appelés à rechercher des cargos torpillés pendant la seconde guerre mondiale. Pour vous faire une idée, ils sont souvent situés à une profondeur égale ou supérieure à celle où se trouve le Titanic, dans des zones d’exploration qui représentent trois fois l’Île-de-France ! », commente Nicolas Vincent, responsable des opérations au sein de l’équipage 100 % français de DOS.

Se former au matériel de pointe

Face à ces difficultés, les « sauvetages » se déroulent sur plusieurs semaines ou mois. Fort heureusement, l’équipe est soudée. Ce qui n’est sans doute pas un hasard, car ils sont, pour la grande majorité, issus de lIntechmer, implanté près de Cherbourg-en-Cotentin, et diplômés du bachelor océanographe-prospecteur. Là, parmi la quinzaine d’étudiants qui compose chaque promotion, ils se sont familiarisés à la géophysique, à l’hydrographie, ont appris à manier du matériel de robotique sous-marine... « Cette formation très spécialisée est unique en France : elle apporte aux élèves une culture du domaine marin pointue et développe leur adaptabilité, signale Yann Méar, professeur océanographe et directeur par intérim de l’Intechmer. Ils bénéficient de nombreuses sorties en mer, d’une année de formation au Pays de Galles, suivie d’un stage de 19 semaines. Tout est fait pour les professionnaliser. Qu’il s’agisse de notre bachelor comme de nos formations en production et valorisation des ressources marines ou en génie de l’environnement marin, les diplômes de l’école sont reconnus et valorisés par les recruteurs.»

Boîtes noires et cargaison d’argent

Un crédit sans doute justifié : depuis leur sortie d’école, les membres de DOS ont réalisé des prouesses. Au sein de la société marseillaise Comex, plusieurs d’entre eux retrouvent, en 2004, les boîtes noires du vol Flash Airlines 604, au large de Charm El Cheikh. En 2012, ils découvrent l’épave du SS City of Cairo, un navire marchand anglais coulé par un U-Boot allemand, durant la seconde guerre mondiale. Identifier ce navire enfoui sous la boue à 5 150 mètres de profondeur – un record – ne fut pas une mince affaire. Pourtant, si la presse s’en est alors largement fait l’écho, c’est principalement par ce qu’à son bord se trouvait un butin de pièces d’argent, estimé à cinquante millions de dollars ! Aujourd’hui, l’équipe poursuit ses recherches et, en juin dernier, elle a par exemple localisé, identifié et récupéré en un temps record les boîtes noires du vol MS804 Paris-Le Caire qui avait sombré en mai dernier au large de l’Égypte par 3 000 mètres de fond.

Sonder les fonds marins

Pour réaliser ces performances, les océanographes de DOS possèdent des équipements de haute technologie quasi uniques. « Pour cartographier le fond des mers, nous utilisons un sonar latéral à basse fréquence. Et lorsque nous pensons avoir trouvé une épave, nous lançons un robot sous-marin piloté depuis la surface qui descendra filmer l’objet afin de confirmer l’authentification », explique Nicolas Vincent.


Pour faire un lien, saisissez l'adresse complète du site web (http://www.siteweb.fr) ou du mail.


écoutez le mot à saisir